La réforme du lycée vue par des élèves de Terminale S

Publié le par GIlles Sabatier

Après un mois de décembre agité par les revendications lycéennes sur la réforme de la classe de Seconde, janvier et février furent consacrés à prendre un peu de distance et de hauteur par rapport aux enjeux de la réforme des lycées.

 

Ainsi, en ECJS, un débat réunissant les 18 élèves de la Terminale S4 du lycée François Mauriac-Forez a eu lieu le vendredi 6 février. Les élèves représentaient différents acteurs (ministre de l'Education nationale et son conseiller, lycéens opposés à la réforme, lycéens souhaitant des changements, parents d'élèves, députés de l'opposition, députés soutenant le gouvernement, chef d'établissement et son adjoint, 2 professeurs, 2 membres de syndicats enseignants) et ont débattu en essayant de défendre leur position par rapport à la réforme. Pour terminer ce travail et contribuer, à notre modeste niveau aux Etats généraux du lycée (expression historique à la mode et transférable aussi à la situation dans les départements français d'Outre Mer), voici le point de vue personnel des élèves de la classe sur la réforme du lycée.


Illustration extraite du blog "L'actu en patates" de M. Vidberg


Voici le point de vue d'une première moitié de la classe.

Brice est favorable à une réforme qu’il juge nécessaire. « les méthodes du lycée et de l’université par exemple sont trop éloignées, et cela explique sûrement en partie l’échec de la moitié des étudiants qui choisissent la voie universitaire. C’est pourquoi je suis favorable à un changement de l’aménagement des emplois du temps au lycée. Les 6 heures de modules hebdomadaires, dont le thème sera choisi par l’élève, les 3 heures d’accompagnement individuel par semaine et enfin la division de l’année en 2 semestres, comportant chacun 2 conseils de classe, me semblent être des idées à retenir. Cependant je pense qu’une certaine évolution entre la seconde et la terminale au niveau des cours serait aussi envisageable. On pourrait par exemple conserver les cours en classe de 30 en seconde, pour ensuite passer à des cours plus magistraux dans les classes suivantes, en groupes plus importants au niveau du nombre. En revanche, il faudrait conserver les heures en petits groupes, comme c’est le cas aujourd’hui avec les heures de TP. Ensuite, je trouve que les heures de modules prévues pour la classe de seconde sont un bon outil pour permettre aux élèves de mieux cerner leurs choix d’orientation. Les différent thèmes et les domaines qu’ils couvrent donnent à l’élève des perspectives pour choisir sa voie, celle avec laquelle il a le plus d’affinités. Certains reprochent au lycée actuel de favoriser les élèves scientifiques, et de placer la 1èreS comme une voie royale. Au contraire, je pense que ce n’est pas au lycée de remédier à ce problème, et que ce concept d’orientation avantagée et avant tout ancrée dans l’esprit des parents. Le système de module laissera donc peut-être un peu plus de choix à l’élève, qui choisira ce qui lui plaira le plus, car ce choix n’a rien de définitif pour l’orientation en 1ère. Je pense donc que le lycée proposé dans cette réforme permettra à l’enseignement de mieux s’adapter à chaque élève, ce que souhaitait le ministre. Il accompagnera davantage l’élève, et fera le lien entre le collège et le supérieur de manière plus efficace ».  Même constat pour Luca, qui insiste aussi sur l’importance de l’orientation : « Pour moi, le meilleur moyen de suivre l’élève à travers l’enseignement est de le laisser plus autonome dans son travail mais en lui proposant toujours des heures de soutien ou des plages de travail scolaire dans la semaine pour se faire aider par des professeurs ou d’autres élèves, pour ceux qui ont le plus de difficultés. Mais, surtout de l’accompagner dans son choix pour l’orientation avec une seconde qui doit jouer son rôle de détermination comme il est énoncé dans la reforme, avec des heures de présentation concrètes des différentes filières a travers la correspondance entre les acquis de Seconde et les sujets traités en Première et Terminale. Puis dans les années des choix pour l’enseignement post-bac, des explications claires sur le type de cours donnés dans les différentes écoles, IUT, FAC, prépas, avec leurs emplois du temps, coefficients et importance des différentes matières, et encore une fois la correspondance entre les acquis du lycée et les attentes de l’enseignement supérieur. On peut aussi envisager l’évolution ou suppression du bac, qui perd en intérêt, en un contrôle continu qui peu être accompagné d’un examen dans l’idée du brevet des collèges qui valoriserais plus le travail de l’élève sur le long terme, en parallèle avec le dossier de chaque élève. Au final, de mon point de vue, si une réforme du lycée doit avoir lieu, il serait préférable de la voir porter sur l’orientation plus que sur l’enseignement propre. » Pour Pierre, trois éléments rendent avant toute chose la réforme indispensable : « il y a selon moi un fossé trop grand entre le lycée et les études supérieures. On retrouve beaucoup trop d’élèves en échec scolaire lors de leur première année d’études supérieures. Les lycéens ne sont pas assez préparés à ce passage. L’idée d’intégrer des modules au milieu du programme de tronc commun permettrait aussi aux élèves d’acquérir une façon de travailler plus autonome et donc de se rapprocher un peu plus de la manière de fonctionner dan l’enseignement supérieur. Enfin, il y a aussi le problème de la Seconde qui, pour moi, ne joue pas du tout son rôle de détermination mais sert à classer les gens selon leur niveau scolaire. Cette hiérarchie des élèves n’est pour moi pas la meilleure solution. Actuellement, nous savons que les élèves les meilleurs iront en Scientifique et les moins bons iront par exemple en STI ou STG. Ce n’est pas normal que les élèves soient envoyés dans une filière pour leurs résultats scolaires et non pour leur intérêt pour la filière ».

Reprenant les mêmes arguments, Quentin dégage toutefois un bilan plus nuancé sur la réforme, en la replaçant dans un cadre plus large : « Il y a en effet dans cette réforme de nombreux points sujet à controverse ce qui explique certainement le nombre de manifestations assez importantes qu’a pu engendrer celle-ci. Effectivement, le gouvernement veut une réussite plus importante des élèves mais en supprimant un nombre très important de postes d’enseignants sur la totalité du territoire français ( 11.000 postes devraient être supprimés cette année). Ceci est tout a fait paradoxal…Il est déjà aujourd’hui très dur de pouvoir aider constamment les élèves en difficultés alors comment voulez vous les aider avec encore moins de professeurs ? (…) En outre cette reforme avait pour but  de remettre en cause les différentes spécialités proposées au lycée (ES, S, L) en proposant la création d’un tronc commun avec seulement quelques modules différents suivant les élèves, mais un  problème se pose déjà aujourd’hui, les jeunes ne savent pas pour la plupart ce qu’ils souhaitent faire comme travail donc en enlevant ces 3 options notamment, il y a des chances pour qu’il soient encore plus dans l’hésitation quant à leur avenir en sortant de Terminale  Pour Cyril, le désaccord porte essentiellement sur deux points : « il ne faudrait pas que ce système d’option apparaisse aux dépens de certaines matières comme l’ECJS, qui pourraient alors disparaître. (…) Je désapprouve aussi en partie la volonté du ministère à propos de la série scientifique: il est en effet important de réduire « la toute puissance de cette filière » mais pas en la supprimant. A mon avis, il faut qu’il subsiste une filière très générale pour justement les étudiants qui veulent poursuivre des études générales ou à l’extrême pour des étudiants avec un niveau correct qui n’ont pas trouvé leur orientation. La solution serait de proposer des filières alternatives plus spécialisées mais restant dans l’optique d’un bac scientifique ou garder la filière mais avec une revalorisation de l’importance du choix de profil qui a lieu en première. En effet, celui-ci n’est que très peu déterminant pour des études supérieures. »  Maeliss, elle aussi, présente un bilan en nuances de cette réforme, elle insiste sur d’autres points, comme « la réorientation des élèves à la place du redoublement qui est peut-être une bonne solution financièrement mais qui ne permettra  pas forcément une meilleure scolarité de l'élève. Il me parait aussi difficile de parler d'une amélioration de l'éducation avec une loi qui ne remet en cause qu'une partie du système scolaire. Je suis peut-être plus royaliste que le roi mais pour mettre un système scolaire en place sans avoir peur qu'il ne s'ébranle il faudrait sûrement revoir le problème à sa source c'est à dire dès la primaire ».  Même préoccupation pour Aurélien qui pense que : « Le redoublement est aussi une chose vouée à se perdre. Pourquoi un élève n’aurait-il pas le droit de redoubler ? Il a droit à une seconde chance, plutôt que d’être redirigé vers une autre filière qu’il choisirait par défaut .S’il redouble ce n’est pas forcément à cause d’une mauvaise orientation mais pour des problèmes tout autres, ce serait donc injuste de ne pas le faire redoubler et de le réorienter ».

Lorraine s’interroge, pour sa part, sur la difficile mise en place d’une réforme de la classe de Seconde telle qu’elle était conçue par le ministère : « Certes, je pense que lorsque l’on arrive en fin de seconde, période où il faut choisir notre filière, nous ne sommes pas capables de faire de réels choix pour notre avenir. D’où l’idée du ministère de créer des modules en seconde, durant lesquels les élèves pourront voir ce qu’ils apprécient vraiment ou pas. Cette idée de modules vise aussi à l’autonomie des lycéens, en imitant le système universitaire. Cette proposition n’est pas mauvaise en soi, les élèves pourraient « tâter » les domaines qui les intéressent, mais je pense que ce sera très désordonné. En effet comment répartir les classes, les emplois du temps, les professeurs ?De plus, les élèves pourront changer de module entre les deux semestres de l’année. Je ne pense pas que ce soit une bonne chose pour la progression des élèves, car ils seront moins bien suivis par les professeurs, qui n’auront pas forcément le temps de bien les connaître. »  En fin de compte, Lorraine propose qu’ « arrivés en seconde, les élèves devraient avoir la possibilité de découvrir les filières et les matières que l’on y enseigne, grâce à des options obligatoires, mais pas forcément importantes pour la moyenne. Puis en première, nous devrions avoir beaucoup plus de choix dans les filières. Je pense qu’un suivi régulier par le conseiller d’orientation ne serait pas une mauvaise idée, et ce à partir de la seconde. Quant à l’autonomie des élèves, arrivés en fin de terminale, je ne pense pas qu’elle soit insuffisante pour l’enseignement supérieur. Les lycéens sont capables, l’année de leur bac, de prendre des initiatives, et de travailler par eux-mêmes, pour eux. » Corentin qui, comme la très grande majorité des élèves de la classe, approuve la mise en place d’un enseignement plus modulaire en Seconde, s’interroge toutefois sur les risques d’une éducation à plusieurs vitesses  : « Je pense aussi, que laisser trop d’autonomie aux proviseurs des lycées n’est pas une bonne chose, car les  établissements vont se retrouver en concurrence. Ceci sera accentué par la suppression de la carte scolaire qui ne fait pas partie de cette  réforme mais qui va dans le même sens. Si cette réforme passe, il apparaîtra bientôt des lycées qui seront bien cotés et d’autres qui le seront moins bien. Les élèves sortant du collège chercheront sûrement à entrer dans un lycée de la première catégorie. Quand les élèves auront leur bac en poche et poseront leur candidature pour les écoles supérieures, ceux qui sortiront des lycées moins bien cotés ne seront pas sur le même pied d’égalité, car les écoles trieront les élèves en fonction de leur lycée d’origine. Cela ne réduira pas les inégalités mais au contraire va les accroître. Cette réforme veut aussi supprimer des options comme certaines disciplines artistiques ou  certaines langues. Je ne pense pas que cela soit une bonne solution car  si ces options disparaissent du lycée où les élèves auront-ils la possibilité des les apprendre ? ».  Pour Nathan,  visiblement très attaché à la valeur du travail, il faut aussi se prémunir de voir un lycée à plusieurs vitesses apparaître : « La réduction des horaires serait une bonne chose pour améliorer le « rendement intellectuel » des élèves mais il faut quand même garder un minimum d’heures de cours pour avoir les connaissances nécessaires requises pour l’enseignement supérieur. Pour y préparer, l’enseignement modulaire  est, je pense, la meilleure solution pour faire aimer des matières et des enseignements. Enfin, mon avis est de ne pas de donner trop de libertés aux élèves et aux établissements scolaires car cela pourrait entraîner des dérives en paresse pour les élèves mais plus grave encore des lycées trop différents les uns des autres ce qui favoriserait la sélection  et les inégalités sociales , des choses à éviter à tout prix ».  En conclusion, Aurélien « souhaite une réforme mais pas celle que nous propose Monsieur Darcos, une plus juste et égalitaire. Pour ce faire, on pourrait former et engager plus de professeurs afin de décharger les classes, organiser plus d’heures de soutien, des réunions d’information sur les études supérieures plus importantes afin d’être mieux préparer mentalement, avoir les mêmes moyens humains et techniques dans tous les lycées,… Ces réformes sont coûteuses mais il est question de l’éducation et je pense qu’il ne faut pas regarder cela car ce sont les futurs citoyens et employés de demain que l’on forme, il est donc important qu’elle soit de qualité. »

Publié dans Terminale S 4

Commenter cet article