La réforme du lycée vue par des élèves de Terminale S (suite)

Publié le par Gilles Sabatier

Voici la suite et la fin des prises de position des élèves de Terminale S4 pour la réforme du lycée.
Dessin humoristique paru en juillet 2008 sur le site Novopress

Si Khaled concède des aspects positifs à la proposition d’une réforme (modules d’approfondissement, aide individuelle aux élèves, plus grande autonomie), il trouve au final plus d’aspects négatifs que positifs et s’interroge sur les méthodes pour réformer le lycée : « La semestrialisation de la seconde ne laisse pas un long temps à l'élève pour apprendre. L'élève doit être impérativement savant et il n'a pas le droit à l'erreur ( d'où une sélection sociale accrue). Avec cette réforme, on passe à 975h/an au lieu de 1100h/an à l'heure actuelle, donc cela entraîne une économie de postes. Ajoutons la disparition de la filière SES dans son aspect « social » au profit de la micro-économie. (…) Cette réforme est pour moi un peu précipitée de la part du ministre de l'éducation Xavier Darcos. Une réforme du lycée est nécessaire mais ne peut pas être faite du jour au lendemain. Cette réforme a subi une forte critique notamment chez les lycéens et les professeurs des lycées, c'est pour cela que monsieur Xavier Darcos a reporté sa réforme. J'approuve cette initiative et aussi l'idée d'états généraux du lycée. Mais j'ai des doutes sur un changement total de cette réforme même avec l'idée d'états généraux, car pour moi c'est un argument pour faire passer cette réforme coûte que coûte ».  Pour Jessy,  la position est identique : « les constats réalisés par le premier ministre Xavier Darcos sont tout a fait justifiés : une seconde générale et technologique qui ne joue pas son rôle de détermination, des séries ou filières qui ne correspondent pas a leurs finalités explicites, des lycées dont ni l'architecture générale ni les modes de travail et de fonctionnement ne préparent vraiment à l'enseignement supérieur...Je suis complètement d'accord avec ce qu'affirme Mr Darcos ». Cependant, la réforme adoptée n’est pas, selon lui, la bonne : « toutes les années près de 90 pourcents des bacheliers ont leur examen mais en grossissant les classes cela fonctionnera-t-il ? Quand ce ne sera plus les professeurs que l'on persécutera,  on s'en prendra directement aux écoles. "Quand l'on ferme une école , on ouvre une prison". L'école représente le premier lieu d'éducation pour un enfant alors je pense que cette réforme n'est pas la meilleure qui soit, elle peut largement être réadaptée pour mettre d'accord une majorité de la population ».

Matthieu est, quant à lui, beaucoup plus convaincu par la nécessité d’une réforme même s’il émet, aussi, quelques réserves :  « Il faut favoriser, comme le propose la réforme du ministre, l’autonomie des élèves, mieux les préparer aux rythmes de travail proposés dans les facultés et dans les autres écoles de l’enseignement supérieur. Mais la difficulté est de donner aux élèves leur autonomie progressivement, sur les 3 années de lycée et pas seulement sur la seconde car cela ne ferait que déplacer le problème. Je ne pense pas que le « problème » du redoublement de la classe de seconde vienne seulement de la seconde elle-même, mais plutôt d’une mauvaise orientation à la fin de Troisième, certainement due elle-même à la dévalorisation des différents bacs professionnels proposés. Mais il restera le problème de l’orientation en classe de seconde : les modules proposés par la réforme peuvent être la solution à l’erreur dans le choix d’une option, mais comment les professeurs pourront-ils gérer la différence de niveau entre un élève qui commence une option en milieu d’année et un qui a cette option depuis le début de l’année ? Un des points positifs de cette réforme reste, je pense, les trois heures d’accompagnement proposées : elles profiteront aux élèves en difficultés. (…) La réforme proposée par le gouvernement répondra donc à certains problèmes et est indispensable mais elle arrive dans un climat de crise et de suppression de postes ce qui « nuit » à son image. » C’est la même chose pour Zoé, qui ouvre aussi la réflexion aux conditions de travail des enseignants et place ses espoirs, contrairement à Khaled, dans l’organisation des Etats généraux du lycée  : « j’estime qu’il faut absolument préparer les lycéens à l’enseignement supérieur. Car l’autonomie que l’on a au lycée est très différente de celle que l’on acquiert par la suite, notamment à l’université. De plus, la méthode de travail n’est pas non plus la même. Ainsi, près d’un étudiant sur deux n’arrive pas à décrocher un diplôme après 3 ans d’études dans l’enseignement supérieur. Le problème est que cette réforme touche les élèves mais également les professeurs. Avec une classe de 35 élèves, on pourra, certes, avoir un avant goût des cours en amphithéâtre mais il est sûrement très difficile, et pour un professeur de faire un cours à tant de lycéens à la fois, dans des structures (salles de classe) qui ne sont pas du tout adaptées à cet effet, et pour certains élèves de le suivre. Bien sûr, quelle que soit la réforme qui sera adoptée, elle ne pourra contenter tout le monde. Ainsi, les « Etats généraux du lycée » pourront montrer un avis global afin de mettre en place une réforme qui pourrait s’adapter à l’opinion publique. » .
Pour Loïc, qui, pour s’informer sur la réforme, a rencontré le proviseur adjoint du lycée, les aspects organisationnels ont aussi une place importante :  « changer tous les emplois du temps - élèves, profs, salles de  cours - en milieu d'année fait hurler les proviseurs et leur  secrétariat : il faut plus d'une semaine ! De plus, il n’y a pas de  réforme pour la 1ère et la Terminale. Changer les 2de sans savoir pour la suite, c'est à dire pour le bac, est curieux ! Pour  moi, il faudrait faire une réforme au niveau du bac, le problème c’est qu’on est jugé sur 3 heures par exemple en anglais, alors que cela fait 7 ans qu’on en fait. Ou sinon dès la fin de la troisième, de faire au brevet, par  rapport aux notes, des groupes de niveaux pour la seconde. Car  personne n’est fort partout, dans toutes les matières, ce qui  permettra aux professeurs de faire progresser les plus faibles, mais par contre toujours avec le même programme. » Joris, qui s’est mis le temps du débat dans la peau du ministre de l’éducation nationale, n’hésite pas à aller plus loin, mais reste vigilant sur les conséquences que tout changement implique : « La réforme souhaitée par le gouvernement présente de bons points mais il faudrait l’améliorer. Par exemple, plus d’options vont être proposées pour l’élève, mais cela peut  amener à des spécialisations dans les matières pour les professeurs et doit créer des emplois en plus pour assurer l’orientation et les conseils aux élèves, ce qui s’oppose avec le nombre d’emplois qui peuvent être supprimés ». Lucas est favorable à une refonte des filières générales qui présentent aujourd’hui un trop grand déséquilibre : « je pense que l’on peut tout d’abord souligner le problème des sections (S, ES et L), dont l’aboutissement (le bac), n’est pas autant reconnu et ne délivre pas autant de possibilités si on est en L que si on est en S. Le fait que l’une soit beaucoup plus empruntée que les deux autres marque d’autant plus la question de l’utilité et de l’efficacité du programme en « L », et il me semble que ce dernier doit aujourd’hui absolument être retravaillé voire complètement transformé afin que beaucoup plus d’élèves s’y intéressent et se sentent concernés par ce qu’il propose ». Lucas s’interroge aussi sur les variations d’effectifs entre le secondaire et le supérieur : « Un autre problème, tout aussi important se doit d’être étudié : il s’agit de la question de l’effectif des classes, sans cesse croissant. Dans l’enseignement supérieur, la majorité des cours sont dispensés dans des amphithéâtres bondés qui regroupent parfois plusieurs centaines d’étudiants. Préparer les élèves à de telles conditions de travail dans des classes de lycée de 20 élèves paraît bien dérisoire ».
Enfin, si Mathilde accorde un certain crédit à la nécessité d’une réforme qui donnerait davantage d’autonomie aux élèves, elle insiste sur le fait qu’en fin de compte, il en ira de la responsabilité de chaque élève de prendre en main sa scolarité : « La création des modules est également une bonne idée et laisserait un large choix de spécialisation.  Mais cela pose deux problèmes majeurs : est-ce que chaque lycée sera capable de proposer tous les modules ? Et est-ce que ce large éventail de choix et les quatre heures par semaine vont-elles suffire à aider un élève qui ne sait absolument pas se qu'il veut faire plus tard Je pense que finalement ces modifications pourraient être utiles pour les élèves moyens mais le  véritable problème c'est celui des mentalités. Il faudrait peut-être dès l'entrée en seconde dire aux élèves et que ceux-ci soient bien conscients qu'il faut profiter de sa jeunesse mais qu'ils sont au lycée pour préparer un bac et que cela ne se fera pas tout seul ! Cela doit être un travail des élèves mais aussi des parents et des professeurs ».

Publié dans Terminale S 4

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