Les écrits des soldats

Publié le par A. Brun, C. Desclavelières, S. Sauzet

A travers leurs écrits, comment les soldats de 14-18 ont-ils rendu compte de leur plongée dans la guerre ?

L’importante correspondance entre les soldats et leur famille, lors de la première guerre mondiale, est une première historique. L’ampleur qu’a pris ce moyen de communication s’explique par les progrès en matière de scolarisation, notamment en France. Malgré des fautes d’orthographes plus ou moins nombreuses, ces lettres sont le seul lien entre l’arrière et l’avant. Elles sont également le témoignage de combattants parvenus jusqu’à nous. Nous pouvons alors, nous demander comment ces soldats de 14-18 à travers leurs écrits ont  rendu compte de leur plongée dans la guerre.


Lors de la première guerre mondiale, les conditions d’écriture dans les tranchées étaient défavorables. Les soldats écrivaient sur des bouts de papiers envoyés par les familles parfois même sous la pluie, dans la boue et sur leur genoux. Le plus souvent, ils écrivaient pendant leur pause, car cela leur demandait une certaine concentration qu’ils ne pouvaient avoir au front à cause des fusillades, des sifflements d’obus au dessus de leur tête. Cela leur demandait également une totale présence d’esprit étant donné qu’ils communiquaient avec leurs proches. De plus, on leur affligeait des contraintes d’écriture qu’ils devaient respecter sous peine d’être soumis à la censure.

Soldat écrivant dans une tranchée, site de l'Etablissement de Communication et de Production Audiovisuelle de la Défense (ECPAD), ministère de la Défense.  

 
         Ces misérables conditions d'écriture, et donc de vie, entraînent deux réactions chez les soldats : une autocensure dans leur correspondance ou à l'inverse des écrits détaillant leur quotidien. Cela dépend de leur propre personnalité. La première réaction s'explique par différents facteurs :

  • des recommandations faites aux soldats sur les cartes postales leur interdisent d’indiquer leur situation (principalement en début de guerre et pour les prisonniers)
  • la connaissance de la censure du contrôle postal qui suscite de la peur
  • la volonté de préserver leur entourage.
    Quant à la deuxième réaction, on la trouve principalement dans des cahiers de guerre c'est-à-dire des carnets de bords tenus par les soldats sous forme de notes et mis au propre, parfois, à leur retour. Ces écrits permettent de rentrer dans l'intimité des poilus et sont de fidèles témoignages du quotidien des tranchées. On retrouve aussi ces détails dans des lettres parfois très virulentes qui ont échappé à la censure. En effet, il était impossible de tout vérifier et ce que l'on trouve au dos de cette carte postale  en témoigne :
     Carte postale du 30 mai 1917 (archive d'E. Besset). Ecrit au dos : « Les désolations dont je suis témoin et dont ce qui est ci-contre peut vous donner une idée car cette orgie de ferrailles et de briques amoncelées est l'œuvre satanique des Huns » (c'est-à-dire les Allemands). Ce document montre l'immense hostilité de son auteur à la guerre. Par ailleurs, la photo de la carte choisie n'est pas anodine puisqu'elle montre clairement les dégâts de la guerre. Du fait de l'habileté de la syntaxe, on peut se demander si cette personne n'était pas plus instruite que la plupart des soldats qui étaient agriculteurs. Néanmoins, d'autres lettres apparaissent plus nuancées par des formules telles que « mais je vais bien » dans le but de ménager le destinataire.

          Grâce à ces correspondances, les soldats arrivent à rester en contact avec leur famille ce qui, malgré l'éloignement permet une certaine proximité. Le réconfort apporté aux soldats est aussi vital, car c'est un appui que leur donnent les familles. Les colis reçus par ces derniers participent aussi à cette solidarité ; on y trouve vêtements, nourriture, « mandats » (petites sommes d'argent d’environ 20 francs) et papier à lettres . Les textes, quant à eux, contiennent pour la plupart des nouvelles de l'entourage, ce qui procure aux soldats de la motivation. Cette correspondance devient alors une habitude et la famille, recevant des nouvelles, est en quelque sorte apaisée. Même si les soldats n'ont pas le droit de divulguer les informations concernant leur position, le contenu autorisé est suffisant pour apporter un peu de réconfort en période de guerre. Pour les soldats qui n'avaient pas ou plus de famille une "marraine de guerre" leur était attribuée, ce qui montre l'importance de cet échange. Il est alors important de garder contact avec le reste du monde.

 

         Ces lettres, cartes ou cahiers sont donc de riches témoignages de cette période. Ils relatent la vision de guerre des poilus qui se dégrade au fil des années. Malgré cela et les mauvaises conditions de vie, le soutien apporté par les familles joue un rôle très important dans le moral des soldats.

Publié dans Première L

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