Emma, Elodie et Kate entourées des objets de la Première Guerre Mondiale
apportés par Emilie.
Comment ont été vécues les dernières années de la guerre par les populations civiles européennes
?
L'année 1917 est une année décisive de la première guerre mondiale. Depuis fin 1916 jusqu'à fin 1918, on constate une certaine lassitude de l'arrière du front
très certainement due à l'enlisement de la guerre. On parle beaucoup des soldats du front, pourtant les civils à l'arrière ont une grande influence sur la guerre et son déroulement. Comment les
populations européennes ont-elles vécue, à l'arrière, cette guerre ?
A cause de leur situation géographique, les puissances centrales sont encerclées par la Triple Entente et leurs alliés, de plus en plus nombreux. Cet encerclement ne favorise pas l'importation de marchandises, notamment du côté de la Triple Alliance. D'après une lettre allemande adressée le 23 Novembre 1916 par une femme à son mari, prisonnier de guerre interné dans le Puy-de-Dôme, «tout est rationné» dans l'empire allemand. Entre 1917 et 1918, la vie des civils prend un tournant inquiétant : «si la guerre continue nous périrons tous» ajoute cette même femme. Elle précise même «nos ennemis ne manquent de rien». En effet, la France et la Grande-Bretagne sont davantage protégées grâce un ravitaillement efficace, qui provient notamment de leur empire. L'Allemagne connaît donc une hausse des prix entrainant une forte pression sur le niveau de vie national.
Sur cette carte postale de 1917, la lassitude de l'arrière est visible avec ce souvenir de la grève de l'imprimerie. On voit le rôle important des femmes car elle constitue la très grande majorité de la main d'oeuvre. Le lieu de la prise de vue n'est pas mentionné.
La Russie est le pays le plus victime du « ras-le-bol » et de la pénurie. Elle est touchée par deux révolutions en 1917 (libérale et bolchévique), notamment à cause de la propagation des idées de Lenine. La Russie faiblit puis se retire du conflit. S'en suivent des pertes de territoire importantes. Cela constitue un tournant décisif dans l'évolution de cette première guerre mondiale.
Le 1er Août 1917, la papauté émet à son tour un appel à la paix évoquant les «dommages à réparer» ainsi que les frais de guerre. D'après le pape Benoît XV, le seul moyen de résoudre le problème est la restitution réciproque des territoires conquis pendant la guerre.
Finalement, cette guerre qui dure beaucoup plus longtemps que prévu est aussi mal vécue à l'arrière que sur le front.
Quels rôles ont joué les femmes pour les sociétés européennes engagées dans la Grande Guerre et pour les combattants du front ?
Au commencement de la guerre en 1914, les hommes en âge de se battre partirent au front . Alors que la guerre dura plus longtemps que prévu, les femmes prirent leur place dans différents secteurs.
Les femmes d'agriculteurs remplacèrent leur mari dans les travaux ruraux, dans une France majoritairement agricole. Le 7 Août 1914 , un appel est lancé aux femmes françaises surtout aux paysannes car il y a un besoin urgent de main d'oeuvre dans les campagnes délaissées par les hommes.
On constate également que les femmes remplacent les hommes dans les emplois urbains dans les secteurs d'activités comme la distribution de courrier, la conduite de tramway mais plus particulièrement dans le travail des usines d'armement. Par exemple, la reconversion de l'usine Renault qui, de 1914 à 1918, connaît une augmentation de 30% de ses effectifs féminins. D'autres ouvrières furent appelées « munitionettes », parce qu'elles fabriquaient des obus, dans les usines d'armement comme celle de Forges et aciéries de la marine et Horécourt de Saint-Chamond (voir photographie ci-dessous). Ce surnom donna lieu à une nouvelle vision des femmes au sein de la famille et de la société.
Cette photo est une affiche organisée pour le travail des femmes , c'est une association qui l'a faite, YWCA (Young Women's Christian Association ). C'est une association chrétienne à but caritatif, elle a été créée en 1844 en Angleterre .
Sur cette affiche, on peut voir la place des femmes dans la guerre car ce
sont des femmes déguisées en ouvriers et soldats au premier rang, au second rang ce sont des infirmières et marraines de guerre.
Le fait que l'affiche soit produite par une association chrétienne montre que l'Eglise s'engage pour l'économie de guerre , c'est un moyen pour elle d'avoir une place dans la société en guerre .
C'est ce qu'on a appellé en France '' l'Union Sacrée '', la politique et l'Eglise se rapprochent. C'est l'idéologie du christianisme social .
Les infirmières étaient chargées de soigner les blessés de guerre dans les hôpitaux et dans les maisons de convalescence . Elles sont très présentes dans les esprits des militaires et les aident à se remettre de leurs blessures. C'est un soutien moral pour les soldats.
Photographie d'infirmières soignant des Gueules cassées, issue du site de l'Etablissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense, ministère de la Défense.
Un autre type de femme est également très présent dans la vie des guerriers, dès la fin de l'année 1914 : les marraines de guerre, qui au départ étaient des femmes aisées qui écrivaient aux
soldats sans famille. Cependant, des relations se nouent et des rencontres ont même lieu entre les soldats et leurs marraines lors des permissions. L'image de ces dernières change alors et
devient un réel fantasme pour les hommes. Mais dès 1916, une crise de vocation apparaît, la presse s'empare du phénomène et renvoie une image dégradante de ces femmes. La continuité de la guerre
et la mort de certains soldats entraînent l'essoufflement des marraines de guerre.
On voit donc qu'à travers les années de la guerre, les femmes ont pris une place très importante, que ce soit grâce au soutien moral et physique des infirmières et des marraines de guerre mais également avec le remplacement des hommes, dans les usines par les munitionnettes par exemple mais aussi dans les campagnes. On constate également que les femmes sont restées présentes au sein de la société même après la fin de la guerre, mais avec un rôle peut-être moindre.
Quelle place ont occupée les hommes venus des
colonies auprès des métropoles européennes en guerre comme la France de 1914 à 1918 ?
En 1914, à l'aube de la première guerre mondiale, les pays constituant la Triple Entente, en particulier le Royaume-Uni et la France, avaient un grand nombre de colonies à la surface du globe. Au
début du conflit, les pays européens, comme la France, promettent aux habitants de leurs colonies une solde correcte et la nationalité française s'ils acceptent de servir leur métropole.
Ainsi, 607 000 hommes, provenant des colonies se mobilisent. Quelle place ont-ils occupée auprès des métropoles européennes en guerre comme la France de 1914 à 1918 ?
En 1914, la superficie totale des colonies françaises s'élèvait à 10 500 000 Km² pour 44 000 000 d'habitants,
plaçant ainsi la France en 2eme position des empires coloniaux. Celles-ci fournissent donc aux alliés des renforts en effectif considérables : 524 000 Africains, 49 000 Indochinois, 23 000
Antillais, et 11 000 Hommes de divers horizons (Océanie-Pacifique, Côte des Somalis). Mais tous ne sont pas envoyés au front, beaucoup serviront de main d'oeuvre dans les industries
françaises.
Destinés aux enfants,
ces dessins sous forme d'auto-collants témoignent de la diversité des troupes coloniales françaises (archives d'E. Besset).
Les soldats envoyés au front, généralement Africains, malgré la promesse d'être traités comme des Européens, seront bien souvent utilisés comme de la vulgaire « chair à canon ». 87 000
seront tués pendant cette guerre.
A l'arrière, contrairement à la réalité des combats, les soldats venus des colonies sont présentés par les
médias comme de terribles guerriers, parfois même qualifié d' «indestructibles».
Nous pouvons constater dans l'article du journal Le Miroir présenté ci-dessous qu'une grosse propagande était mise en place pour vanter
les capacités physiques de ces derniers.
Le Miroir, novembre 1914, (archive d'E. Besset)
Pour conclure, nous pouvons affirmer que la place des soldats venus des colonies étaient non négligeable, malgré trop peu d'informations sur ces derniers. 87 000 soldats tués dans une guerre qui ne les concernaient pas témoigne tout de même de l'importance des hommes venus des colonies dans la guerre.
Quelles idées et quelles valeurs les
anciens combattants français de la Grande Guerre ont-ils tenté de défendre après 1918 ?
Après 1918, les Anciens Combattants de la Grande Guerre se sont encorebattus pour défendre leurs valeurs et leurs idées au moyen des manifestations et des assosiacions telles que la Croix-De-Feu,
l'UNC et l'ARAC. Nous verrons que leurs idées et leurs valeurs sont plutôt patriotiques, républicaines et pacifistes.
Les Anciens Combattants français continuent après l'arrêt de la guerre en 1918, de défendre leurs valeurs, tout d'abord patriotiques. Ils veulent aussi préserver une France pacifiste et ne pas
renouveler la guerre. C'est ainsi que des associations se mettent en place et jouent un rôle important dans l'Après-Guerre.
Ci-dessus, la carte d'un membre d'une Union fédérale d'anciens combattants de Haute Loire, rappelle que les poilus de 14-18 défendaient
la paix et la justice. Mais, ce ne sont pas seulement les Anciens Combattants qui pouvaient entrer dans ces associations, mais aussi toutes les autres personnes meurtries par le conflt : veuves,
orphelins, touchés par la guerre, ainsi que le montre l'extrait des statuts de l'association et cette deuxième image.
Cartes de combattant des années 30 (archives d'E. Besset)
Les soldats se sont battus également pour les libertés que les Français avaient réussi à obtenir au fil du temps, comme le droit de vote en 1848, qu'ils risquaient de perdre face aux
régimes autoritaires de la Triple Alliance qui tentaient d'imposer leur politique. Après le conflit, les associations développent ce point de vue politique, comme l'Union Nationale
des Combattants, crée le 11 novembre 1918, le jour même de l'armistice, qui est plutôt conservatrice ou bien l'Association Républicaine des Anciens Combattants, qui prend partie pour l'extrême
gauche. Mais toutes les associations n'ont pas un but politique.
En effet, au niveau national, les manifestations et associations, sont parfois aussi crées en vue de développer le culte du souvenir, et de le répandre au fil des années et donc des générations. Par exemple, le 14 juillet 1919, les représentants des mutilés et des « Gueules Cassées » ont participé au défilé de la commémoration de la victoire. Egalement, autour du 11 novembre, les anciens camarades se retrouvent autour d'un repas des plus festifs, afin de raconter ce que parfois certains ne peuvent dire dans leurs familles.
Les idées patriotiques, libérales et républicaines, qu'ont tenté de défendre les Anciens Combattants de la 1ère Guerre Mondiale, restent d'actualité malgré l'apparition en 1939 de la Seconde Guerre Mondiale. Tous les efforts des Anciens Combattants, pour conserver le poids du souvenir, ont payé : aujourd'hui encore, on parle de cette guerre avec émoi.
En quoi les monuments aux morts dans la Loire illustrent-ils l’état d’esprit des populations après la Grande Guerre ?
Après la Première Guerre Mondiale (1914-1918), dans tous les départements français, chaque commune ou presque a fait construire son propre monument aux morts. Un monument aux morts est
un édifice mortuaire sur lequel sont inscrits les noms de toutes les personnes décédées pendant la guerre, pour la France. Nous verrons en quoi les monuments aux morts dans la Loire illustrent
l'état d'esprit des populations après la Grande Guerre.
Tous les monuments aux morts ne sont pas identiques et leur esthétique dépend du budget des communes. Les
noms inscrits sur ces monuments sont ceux des victimes de la guerre. Ces gens là sont dits: «morts pour la France» par la loi du 2 Juillet 1915. Les communes riches ont la possibilité
d'accompagner les stèles de diverses sculptures, ainsi ces monuments rendent hommage aux soldats et mettent en valeur les principes de la France.
Dans la Loire, on trouve deux sortes de monuments aux morts: les « pacifistes », et les « patriotiques ». Les monuments « pacifistes », comme celui de Saint-Martin
d'Estréaux, peuvent être complétés par des photographies des soldats, afin de susciter la compassion des gens qui prennent conscience que ces victimes de la guerre étaient en fin de compte des
êtres vivants, comme eux.
Une partie du monunument aux morts de Saint Martin d'Estréaux au Nord de la Loire, où l'on retrouve la volonté de la commune de diffuser un message
pacifiste.
Les monuments « patriotiques », comme celui de Saint-Héand qui est surmonté d'un coq, en plus de rendre hommage aux soldats, défendent les valeurs patriotiques du pays et insistent sur
le fait que la France a remporté la victoire malgré de nombreuses victimes. Il existe aussi des monuments commémoratifs plus rares, moins vus dans la région du fait de leur coût et de
leur esthétique particulière, comme celui se trouvant actuellement dans le Musée de la Mine du Puits Couriot et qui avait été édifié par les dirigeants de la société minière à laquelle se
rattachait ce puits.
Ce monument est très intéressant symboliquement, car il rappelle la solidarité entre le front et l'arrière avec des statues qui représentent un soldat et un mineur. Il tient donc à montrer
que la victoire a été française non pas seulement avec le courage des soldats mais grâce à l'aide de toute la population. Détail intéressant également, on remarque la présence
d'une femme tendant une branche de laurier au soldat, représentant l'allégorie de la victoire.
Plus proche des monuments pacifistes, on retrouve les monuments consacrés au deuil comme celui de la Fouillouse, où une femme, certainement veuve, tient son enfant et pleure son mari mort
sur le front.
En conclusion, à travers ces monuments aux morts, on retrouve les traces qu'a laissées la Première Guerre Mondiale dans les esprits français. De la peine et de la tristesse par les monuments
pacifistes, une part d'hommage par les monuments patriotiques. Grâce à ces mêmes monuments, on retrouve aussi la volonté de représenter la fierté qu'a procurée la victoire
française.
Pourquoi les champs de bataille sur le front français sont-ils devenus des lieux de mémoire dès les lendemains du conflit ?
En Août 1914, la France s'engage dans un conflit européen qui dura plus de quatre ans, et qui, par la suite,
devint planétaire, entraînant des dégâts matériels considérables, et la mort de millions de soldats. Aujourd'hui, nous savons que de nombreuses batailles importantes et meurtrières ont eu lieu
dans le nord et l'est de la France. Mais pourquoi ces champs de bataille sur le front français sont-ils devenus des lieux de mémoire dès les lendemains du conflit ?
Plusieurs batailles conséquentes, dont la bataille de la Marne en Septembre 1914, de Verdun en février 1916, et enfin, celle de la Somme en Juillet 1916 entraînèrent la mort de millions de personnes de nationalités diverses : Irlandais, Français, Allemands, Anglais, Canadiens de Terre-Neuve, Australiens, Sud-africains, etc.... très impliqués dans cette « guerre interminable », ce qui est à l'origine de la multiplication des cimetières pendant et après le conflit.
Par exemple, dans la région de la Somme, on compte aujourd'hui jusqu'à quatorze cimetières allemands, dix-neuf cimetières français, et quatre cent-dix cimetières britanniques. Ceux-ci témoignent des tentatives, dans les sociétés d'après guerre, de faire face à un deuil de masse dont l'ampleur était considérable, provoquant de lourdes conséquences.
Ceci explique donc le fait que ces champs de batailles soient très vite devenus des lieux de mémoires notamment grâce à un "tourisme de mémoire".
Des touristes viennent encore de nos jours visiter les musées présents sur les anciens lieux de guerre
pour apprendre et connaître ce qu'il s'est passé, comme, par exemple, « la Caverne du dragon », « le fort de Douaumont », et le site touristique de Verdun.
Tous les combattants morts à la guerre n'ont pas été identifiés et donc certains ossements retrouvés restèrent inconnus. Ils furent depuis les années vingt exposés dans des ossuaires comme
celui de Douaumont, construit sur le théâtre de la bataille de Verdun. Certaines familles, qui ont connu le décès de personnes chères ressentirent la necéssité de savoir et de comprendre ce qu'il
s'était réellement passé et dans quelles conditions, de voir l'endroit où le corps de leur proche est enterré est un soulagement.
Photographie représentant la cérémonie d'inauguration de l'ossuaire de Douaumont en 1927, avec en haut, à gauche, le discours officiel du général
Pétain.
Pour cette guerre gravée dans les mémoires de tous, de nombreux sites ont été créés en mémoire de tous ces courageux combattants. S'informer, c'est rendre hommage à tous ces soldats morts pour la
France.
Aujourd'hui, le souvenir de cette guerre reste encore présent en partie par l'archéologie, nous permettant de découvrir de nouveaux ossements des victimes des fronts. Cette recherche nous permet aussi de porter un nouveau regard sur le quotidien des combattants.
Les pertes humaines et les destructions matérielles, pesantes ainsi que le besoin des familles de visualiser le contexte dans lesquels elles ont perdu leurs aïeuls, les cérémonies, les mémorials,
et les bâtiments dédiés à la mémoire des disparus montrent que les champs de batailles dans le nord et l'est de la France sont devenus après le conflit, et encore à ce jour, des lieux de
mémoires impressionnants, très visités.
Comment la justice militaire a-t-elle contribué en France à faire accepter la guerre de 1914 à 1918
?
Dans une Europe qui a beaucoup évolué entre 1850 et 1914 des tensions se font sentir entre les États. L’attentat de Sarajevo, qui a eu lieu le 28 juin 1914, a déclenché un conflit à l’ampleur spectaculaire : la Première Guerre mondiale. Les soldats partent confiants mais la lassitude du combat se fait très vite ressentir dans les tranchées. Cependant, malgré leurs réticences, les soldats se résignent, notamment car les quelques oppositions de départ échouent et sont sévèrement punies par la justice militaire. On peut alors se demander comment cette justice militaire a contribué à faire accepter la guerre aux soldats français de 1914 à 1918.
Tout d’abord, lorsque les hommes intégraient le monde militaire, ils perdaient de nombreux droits. En effet, ils n’étaient plus des citoyens mais de simple soldats qui devaient obéir à un règlement hiérarchisé, injuste et sévère, surtout au début de la guerre
car l’armée était particulièrement instable et pas vraiment préparée à un conflit de longue durée. Ce règlement faisait pression sur
les soldats qui devaient le craindre à tout prix. Pour cela, la justice militaire prévoyait aussi le recours à des exécutions exemplaires. Les martyrs de Vingré en sont l’exemple parfait. Grâce à cette affaire, on peut constater que les accusés ne pouvaient pas bénéficier de défense, d’avocat, ce qui montre une perte de leurs droits, que leur parole avait moins de poids que celle des plus hauts gradés (respect de la hiérarchie),
et que la justice était très injuste puisque les six hommes fusillés pour l’exemple ont été tirés au sort.
Monument honorant la mémoire des six soldats ayant été fusillés à tort lors de l’affaire de Vingré, avant d’être réhabilités en janvier 1921.
Mais la peur que créait le règlement n’est pas la seule raison qui a évité une trop grande rébellion des soldats. En effet, les hommes avaient aussi un devoir envers leurs familles qui souffraient financièrement et socialement des sanctions prises à leur égard, notamment parce qu’elles s’opposaient à l’image héroïque du soldat que l’armée et l’État s’étaient appliqués à propager.
Cependant, plus la guerre avançait dans le temps, plus les soldats étaient tentés de se révolter. La peur de la peine de mort s’effaçait de plus en plus du fait qu’ils risquaient déjà, dans les combats, leur vie à chaque instant. Les soldats étaient de plus en plus nombreux à protester contre les risques inutiles qu’on leur faisait prendre, et les engagements que l’armée ne tenait pas (permissions en retard…). A partir de 1917, on constate une application plus conciliante de la justice militaire. En effet, alors même que l’armée française connaissait des mutineries sans précédent, environ 30 à 40 000 soldats concernés, seulement 49 d’entre eux furent exécutés. La répression a été donc assez faible car il semble que la menace de la peine de mort n’était plus efficace. Ceci montre aussi l’adaptation de la justice militaire qui n’avait encore jamais été confrontée à un tel conflit.
On peut donc bien dire que la justice militaire très stricte a contribué à faire accepter la guerre de 1914 à 1918 aux soldats français. Cependant ce n’est pas la seule raison, d’autres facteurs sont entrés en compte, notamment le fait qu’ils se trouvaient dans une société très patriarcale. En effet , ils étaient dès le plus jeune âge habitués à obéir au père sans protester, ainsi le règlement de l‘armée ne les choquait pas plus que cela et leur sens critique était assez limité du fait de leur éducation. Malgré tout, la justice militaire a dû revoir, faire évoluer son système trop répressif, car finalement il s’est retrouvé être dépassé et inefficace.
Comment à travers les uniformes, l'armement du soldat, peut-on appréhender le caractère planétaire de la Grande Guerre ?
Tout au long de cette guerre, les uniformes des soldats qui ont été impliqués n'ont fait qu’ évoluer pour s'adapter plus ou moins à la situation. Nous notons parmi
les principaux uniformes: allemand (vert-de-gris), anglais surnommés les « Tommies » (en marron et leur casque en soucoupe), les « zouaves » algériens (costume bleu marine et
sarouel rouge), les américains surnommés les « Sammies » en kaki marron et chapeau et les russes (bleu kaki). La diversité de tous ces uniformes montrent que beaucoup de pays
interviennent et qu'on peut parler de guerre planétaire.
Par exemple plus précisément: l'évolution de l'uniforme français. En 1914, les Français s'attendant à une guerre comme ils l'avaient toujours vécue c'est à dire une grande offensive c'est
pour cela qu'ils partent en guerre avec l'uniforme habituel : le pantalon rouge et la veste bleue marine ainsi que le képi. Mais dès 1915, ils se rendent vite compte que la guerre qui est en
train de se dérouler sera une guerre de front et qui durera. Dans ces conditions, la discrétion et le camouflage sont des facteurs indispensables. C'est pour cela que l'uniforme de 1914, par
faute de ne pas répondre a ces critères, disparaît, laissant place à celui de 1915: il devient plus chaud et surtout prend la couleur de bleu horizon, couleur permettant que le soldat se fonde
mieux dans le paysage.
Photographie d'un casque français de la Première Guerre Mondiale (archive d'E. Besset)
Le soldat est aussi doté d'un casque. Celui-ci est en fer, ce qui lui permet de mieux résister aux projections. Doublé de cuir portant une lanière il apporte aussi plus de confort aux soldats. Et
enfin nous pouvons observer sur le devant du casque le symbole « R.F » qui rallie le soldat a sa patrie : République Française. Les Français se rendent compte que la guerre sera longue;
guerre de tranchées, par conséquent les soldats s'équipent mieux.
Au fur et à mesure que la guerre évolue, le pays en entier est sollicité pour l’armement. En Russie, le
gouvernement , après plusieurs mois intenses de guerre, réquisitionne auprès de la population et surtout des fermes du métal brut. Cette action a pour but de reforger les anciens morceaux de fer
en baïonnettes et fusils. Les plus grandes entreprises françaises ont aussi pour intérêt financier d'arrêter leurs productions habituelles afin de
s'engager dans la création d'outils de guerre : par exemple l'usine Peugeot, productrice de voitures, fabrique en cours de guerre des pinces à barbelés.
Photographie d'une pince à barbelés, portant la mention "usines Peugeot 1917", (archive d'E. Besset).
Cette dernière est grande (environ 40cm), son poids est important et sa lame est petite, adaptée a son activité. Les soldats l'utilisaient pour des sabotages mais plus particulièrement pour
délivrer des humains prisonniers enfermés comme des bêtes par ces barbelés.
Un nouveau type d’artillerie apparaît aussi : l’artillerie lourde, de plus en plus importante. L'obusier se distingue par sa taille et sa puissance de frappe;
projetant des munitions de plus en plus grosses telles que des obus de 75 mm, 120mm et même jusqu'à 400mm de diamètre.
Sur la photographie, une douille d'obus de 75 mm de diamètre, composée de cuivre et de zinc. (archive E.
Besset)
Les soldats se munissent de masques à gaz à cause de nouvelles armes, projetant des missiles remplis de gaz toxiques. La place de l'artillerie prend de plus un plus
d'importance, à tel point que des publicitaires s'en servent pour vendre leurs produits alimentaires, comme l'a fait PHOSCAO, un chocolat en poudre instantané.
Le recyclage des objets, et les souvenirs des guerres des soldats font aussi partie de cette évolution. Les
soldats passent leur temps sur les fronts ou dans les tranchées en transformant des objets de guerre en objets de plaisir; sans danger.
Briquets fabriqués par les soldats (archive E. Besset). L'un fait avec une boucle de ceinture
allemande : dessus la couronne de l'empire symbolisant l'appartenance à sa patrie et le soutien qui en ressort. Il y a aussi un texte en allemand «Gott mit uns» qui signifie «Dieu
est avec nous », et enfin gravé, le laurier représentant la puissance et le désir de victoire. Sur le deuxième briquet, sur une face est gravée une Alsacienne et de l'autre un soldat
« Sammy » américain, le lien est clair : c'est un briquet représentant l'alliance de la France et des Etats-Unis dont le but commun est de libérer les peuples sous l'emprise de
l'autorité allemande et de remporter la guerre. Nous trouvons donc dans ces objets recyclés beaucoup de symboles représentant le désir, l'état d'âme des soldats des deux
camps.
Tous ces éléments montrent bien une guerre planétaire brutale et violente, dans laquelle pays
et soldats se sentent très impliqués matériellement et mentalement.
A travers leurs écrits, comment les soldats de 14-18 ont-ils rendu compte de leur plongée dans la
guerre ?
L’importante correspondance entre les soldats et leur famille, lors de la première guerre mondiale, est une première historique. L’ampleur qu’a pris ce moyen de communication s’explique par les
progrès en matière de scolarisation, notamment en France. Malgré des fautes d’orthographes plus ou moins nombreuses, ces lettres sont le seul lien entre l’arrière et l’avant. Elles sont également
le témoignage de combattants parvenus jusqu’à nous. Nous pouvons alors, nous demander comment ces soldats de 14-18 à travers leurs écrits ont rendu
compte de leur plongée dans la guerre.
Lors de la première guerre mondiale, les conditions d’écriture dans les tranchées étaient défavorables. Les
soldats écrivaient sur des bouts de papiers envoyés par les familles parfois même sous la pluie, dans la boue et sur leur genoux. Le plus souvent, ils écrivaient pendant leur pause, car cela leur
demandait une certaine concentration qu’ils ne pouvaient avoir au front à cause des fusillades, des sifflements d’obus au dessus de leur tête. Cela leur demandait également une totale présence
d’esprit étant donné qu’ils communiquaient avec leurs proches. De plus, on leur affligeait des contraintes d’écriture qu’ils devaient respecter sous peine d’être soumis à la
censure.
Soldat écrivant dans
une tranchée, site de l'Etablissement de Communication et de Production Audiovisuelle de la Défense (ECPAD), ministère de la
Défense.
Ces misérables conditions d'écriture, et donc de vie, entraînent deux réactions chez les soldats : une autocensure dans
leur correspondance ou à l'inverse des écrits détaillant leur quotidien. Cela dépend de leur propre personnalité. La première réaction s'explique par différents facteurs :
Carte postale du 30 mai 1917 (archive d'E. Besset). Ecrit au dos :
« Les désolations dont je suis témoin et dont ce qui est ci-contre peut vous donner une idée car cette orgie de ferrailles et de briques amoncelées est l'œuvre satanique des
Huns » (c'est-à-dire les Allemands). Ce document montre l'immense hostilité de son auteur à la guerre. Par ailleurs, la photo de la carte choisie n'est pas anodine puisqu'elle
montre clairement les dégâts de la guerre. Du fait de l'habileté de la syntaxe, on peut se demander si cette personne n'était pas plus instruite que la plupart des soldats qui étaient
agriculteurs. Néanmoins, d'autres lettres apparaissent plus nuancées par des formules telles que « mais je vais bien » dans le but de ménager le
destinataire.
Grâce à ces correspondances, les soldats arrivent à rester en contact avec leur famille ce qui, malgré l'éloignement permet une certaine proximité. Le réconfort apporté aux soldats est aussi vital, car c'est un appui que leur donnent les familles. Les colis reçus par ces derniers participent aussi à cette solidarité ; on y trouve vêtements, nourriture, « mandats » (petites sommes d'argent d’environ 20 francs) et papier à lettres . Les textes, quant à eux, contiennent pour la plupart des nouvelles de l'entourage, ce qui procure aux soldats de la motivation. Cette correspondance devient alors une habitude et la famille, recevant des nouvelles, est en quelque sorte apaisée. Même si les soldats n'ont pas le droit de divulguer les informations concernant leur position, le contenu autorisé est suffisant pour apporter un peu de réconfort en période de guerre. Pour les soldats qui n'avaient pas ou plus de famille une "marraine de guerre" leur était attribuée, ce qui montre l'importance de cet échange. Il est alors important de garder contact avec le reste du monde.
Ces lettres, cartes ou cahiers sont donc de riches témoignages de cette période. Ils relatent la vision de guerre des poilus qui se dégrade au fil des années. Malgré cela et les mauvaises conditions de vie, le soutien apporté par les familles joue un rôle très important dans le moral des soldats.
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